Alors que le gouvernement camerounais semble miser sur l’économie numérique pour améliorer la croissance des caisses étatiques, une réalité plus dure frappe les marchés de téléphones de la capitale. Entre l’inflation mondiale et la mise en œuvre de la taxe douanière sur les téléphones mobiles, les commerçants et les jeunes entrepreneurs sont pris au piège, n’ayant plus la garantie découler leurs stocks et de faire des revenus. Plongez au cœur d’un secteur en pleine zone de turbulences.
1– Le choc des prix : Le bas de gamme devient un luxe à se procurer
Dans les rayons des boutiques de téléphonie, l’ambiance est morose. Monsieur Hervé, commerçant que nous avons rencontré, ne cache pas son inquiétude. Pour lui, le premier coupable n’est pas seulement la taxe, mais une atmosphère internationale sous haute tension : « Avec les tensions au Moyen-Orient, tout a augmenté », explique-t-il. Un téléphone qui s’achetait à 13 000 F CFA en Chine coûte désormais 20 000 F CFA à la source. Si l’on ajoute le transport (environ 3 000 F CFA par pièce) et les marges bénéficiaires, le prix final pour le consommateur a déjà presque doublé avant même l’application de la douane.
2– Taxe de 33% : « Nous pouvons payer, mais qui va acheter ? »
C’est dans ce contexte de vie chère que vient s’ajouter la taxe de 33% sur l’importation. Pour les revendeurs, l’équation mathématique devient un casse-tête social.
- Exemple pratique : Le Techno Pop 7, un modèle en vue par les jeunes et les étudiants, coûtait environ 37 000 F CFA. Aujourd’hui, il oscille autour de 50 500 F CFA. Avec l’application stricte de la nouvelle taxe, Monsieur Hervé estime qu’il pourrait atteindre 75 000 F CFA.
- Le segment « Androïde » : Pour des appareils plus performants, les frais de douane peuvent s’élever à 30 000 ou 40 000 F CFA par unité. Quant au haut de gamme, comme l’iPhone 14 Pro Max, la douane peut faire monter son prix à bien plus de 400 000 F CFA.
« On peut payer à notre niveau, mais est-ce qu’on va pouvoir vendre ? », s’interroge Monsieur Hervé ainsi que d’autres jeunes commerçants. La question est cruciale : le client camerounais, dont les marmites ne sont pas tout les jours pleines, peut-il supporter une telle hausse ?
3- Quel avenir pour les jeunes entrepreneurs de ce secteur ?
Face à ce mur financier, la tentation de contourner le système existe. Certains commerçants évoquent à demi-mot des complicités internes ou des réseaux alternatifs pour « faire passer » les marchandises sans payer le prix fort. Pourtant, pour la majorité des jeunes entrepreneurs qui souhaitent bâtir une activité pérenne et légale, l’avenir s’inscrit en pointillé.
La rentabilité, déjà mise à mal par l’inflation globale, devient quasi nulle. « Avant, j’achetais en Chine à 13 000 F CFA, avec le transport ça revenait à 16 000 F CFA, et je vendais à 20 000 F CFA pour gagner 4 000 F CFA », confie notre source. Aujourd’hui, avec un prix d’achat à 20 000 F CFA avant même les taxes camerounaises, l’équilibre est rompu.
En conclusion, l’implémentation de cette taxe de 33%, bien que justifiée par des besoins budgétaires nationaux, agit comme un frein brutal sur un secteur qui est pourtant le moteur de l’innovation et de l’emploi pour la jeunesse camerounaise. Sans mesures d’accompagnement ou de réajustement, le numérique, hier vecteur d’inclusion, risque de devenir un privilège inaccessible pour le plus grand nombre.
