Selon Afrobarometer, 51 % des jeunes Camerounais âgés de 18 à 25 ans déclarent avoir déjà envisagé d’émigrer, révélant une forte attractivité de l’étranger chez les diplômés et futurs diplômés. Source : Afrobarometer, enquête 2024 sur les perceptions de la jeunesse camerounaise face à l’émigration.

Ils sont ingénieurs, médecins, informaticiens, juristes ou jeunes diplômés en communication. Ils ont parfois un master, parfois plusieurs stages, souvent beaucoup d’espoir au départ. Pourtant, une fois le diplôme obtenu, une idée revient avec insistance : partir.

Depuis plusieurs années, le Cameroun connaît une accélération de la fuite des cerveaux. Canada, Allemagne, France ou encore États-Unis deviennent les destinations rêvées d’une partie de la jeunesse diplômée, poussée par le chômage, la précarité et la recherche d’un avenir plus stable.Selon une enquête d’Afrobarometer publiée en septembre 2024, 51 % des jeunes Camerounais âgés de 18 à 25 ans déclarent avoir “beaucoup” ou “quelque peu” pensé à émigrer. Parmi ceux qui envisagent le départ, 57 % privilégient l’Amérique du Nord, principalement le Canada, tandis que 23 % visent l’Europe.

Les principales raisons évoquées sont la recherche d’emploi, les difficultés économiques, la pauvreté et l’absence de perspectives professionnelles. Dans les universités camerounaises, le phénomène est désormais visible jusque dans les conversations étudiantes. Les discussions sur les concours administratifs côtoient désormais celles sur les visas d’études, les procédures d’immigration, les équivalences de diplômes ou encore les rendez-vous biométriques. Le rêve professionnel se construit de plus en plus hors des frontières nationales.Le Canada apparaît aujourd’hui comme la destination la plus attractive pour les jeunes diplômés camerounais. Selon des données relayées en 2025 par plusieurs médias spécialisés s’appuyant sur les statistiques d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), 10 355 Camerounais ont obtenu le statut de résident permanent au Canada entre janvier et juin 2025.Toujours selon ces données, le Cameroun est devenu le premier pays africain pourvoyeur de migrants vers le Canada et la hausse des admissions est estimée à 32 % par rapport à 2024. En 2024, près de 20 000 Camerounais auraient obtenu une résidence permanente au Canada via l’immigration économique.

Le Canada, les États-Unis, la France et l’Allemagne figurent parmi les destinations les plus convoitées par les jeunes diplômés camerounais, attirés par de meilleures perspectives d’emploi, des salaires plus élevés et une plus grande stabilité professionnelle.

Les profils les plus recherchés sont souvent les ingénieurs, les développeurs informatiques, les infirmiers, les médecins, les techniciens spécialisés ou encore les professionnels de la finance et de la gestion. Cette attractivité s’explique notamment par des salaires plus élevés, des besoins importants de main-d’œuvre qualifiée, des politiques migratoires ciblées et une stabilité économique plus forte.Au Cameroun, le marché du travail reste difficile pour de nombreux diplômés. Plusieurs médias et analyses économiques évoquent un “taux de chômage réel” pouvant atteindre 74 % lorsqu’on inclut le sous-emploi et les emplois précaires. Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est fixé à 41 875 FCFA par mois, soit environ 64 euros.

Dans les grandes villes comme Douala ou Yaoundé, beaucoup de jeunes diplômés peinent immédiatement à trouver un emploi stable, louer un logement, financer leurs déplacements ou construire une autonomie financière. Le décalage entre les années d’études et les opportunités disponibles nourrit un sentiment de frustration grandissant.Selon des chiffres relayés par la presse camerounaise, plus de 12 000 diplômés auraient quitté le pays en 2024. Cette émigration touche particulièrement les secteurs scientifiques, la santé, les technologies, l’ingénierie et la recherche universitaire.Pour l’économie, cette situation représente un risque majeur pour le développement du pays. Former un médecin, un ingénieur ou un chercheur demande des années d’investissement public et familial. Lorsque ces compétences quittent massivement le territoire, le pays perd une partie importante de son capital humain.Le phénomène touche déjà fortement d’autres pays africains. Au Nigeria, plusieurs entreprises technologiques dénoncent également le départ massif des ingénieurs et développeurs vers l’étranger.

À Douala et Yaoundé, les agences d’accompagnement à l’immigration se multiplient. Cours d’anglais IELTS, coaching visa, assistance administrative, simulations d’entretien : tout un marché s’est développé autour du départ des jeunes diplômés.Certaines agences promettent des procédures accélérées, des admissions universitaires, des offres d’emploi à l’étranger ou encore des accompagnements vers la résidence permanente. Le vocabulaire lui-même a changé. On ne parle plus seulement de “voyager”, mais de “plan Canada”, de “résidence permanente”, d’“express entry” ou d’“opportunités internationales”.L’émigration devient progressivement un projet de carrière à part entière.

Pour beaucoup de jeunes diplômés, partir n’est plus seulement une ambition économique. C’est aussi une recherche de stabilité, de reconnaissance professionnelle et parfois de dignité sociale.Le phénomène révèle surtout une fracture grandissante entre les attentes d’une jeunesse fortement scolarisée et les capacités d’absorption du marché de l’emploi camerounais.Le paradoxe est brutal : le Cameroun forme chaque année davantage de diplômés, mais une partie croissante de ces compétences rêve désormais d’un avenir ailleurs.Et dans de nombreux campus, une phrase revient souvent avec une régularité presque ironique :“Le diplôme n’est plus la fin du parcours. Le vrai objectif, maintenant, c’est le visa.”

By Inès Nga

Je m'appelle Inès, étudiante en troisième année de Journalisme à l'ESSTIC de Yaoundé. Passionnée d'écriture et de médias numériques, je crois dans le pouvoir des mots pour changer les représentations et construire des ponts entre les générations. Avec Jeune Actu, j'explore les possibilités infinies du journalisme en ligne : raconter, vérifier, expliquer, interpeller.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *