Depuis le 12 mai 2026, les responsables académiques des universités publiques sont réunis à Yaoundé pour une nouvelle phase de relecture et d’harmonisation des programmes universitaires dans le cadre du système LMD — Licence, Master, Doctorat. Une réforme présentée comme stratégique par le ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP), qui souhaite adapter les formations aux exigences du marché de l’emploi et renforcer la compétitivité des universités camerounaises.
Le système LMD a été introduit progressivement au Cameroun à partir de 2007, dans la dynamique du processus de Bologne adopté dans plusieurs pays pour harmoniser les diplômes universitaires. Le modèle repose sur trois cycles :Licence ;Master ;Doctorat.Ses objectifs initiaux étaient multiples :faciliter la mobilité académique ;rendre les diplômes plus lisibles à l’international ;professionnaliser les formations ;améliorer l’insertion des diplômés sur le marché du travail. Mais près de vingt ans après son implantation, les critiques persistent. Plusieurs travaux de recherche universitaires montrent que le système LMD au Cameroun n’a pas pleinement atteint ses objectifs.
Une étude publiée dans La Recherche en Éducation et menée auprès de 168 personnes (diplômés, employeurs et responsables académiques) met en évidence un déficit de coopération entre les universités et les entreprises dans la conception des formations. Selon cette étude :58,93 % des personnes interrogées étaient des employés diplômés ;21,43 % des superviseurs directs ;16,07 % des responsables de personnel ;3,57 % des dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur. Les chercheurs concluent que les programmes restent souvent éloignés des besoins réels du marché de l’emploi. Le système universitaire continue majoritairement à former pour le fonctionnariat et le salariat classique, alors que l’économie évolue vers des compétences plus techniques, numériques et entrepreneuriales.
Les assises ouvertes à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé portent principalement sur les filières professionnelles des facultés classiques. Le MINESUP veut désormais :harmoniser les maquettes pédagogiques entre universités ;créer des unités d’enseignement communes ;intégrer des acquis d’apprentissage standardisés ;renforcer les stages et les compétences pratiques ;améliorer les normes d’évaluation ;accélérer la professionnalisation des formations. Le ministère estime que « l’hétérogénéité actuelle des programmes constitue un frein à la mobilité des étudiants et à la reconnaissance des crédits universitaires entre établissements. »
L’objectif affiché est aussi de renforcer trois axes jugés prioritaires : «l’assurance qualité ;la numérisation des enseignements ;l’employabilité des diplômés.» La réforme intervient dans un contexte de forte pression sur les universités publiques camerounaises.Le budget 2026 du ministère de l’Enseignement supérieur s’élève à 143,3 milliards de francs CFA, dont :127,8 milliards pour le fonctionnement ;15,5 milliards pour les investissements. Selon les chiffres présentés devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale :28,9 milliards de FCFA sont prévus pour l’accès à la formation et la vie universitaire ;10,1 milliards pour la professionnalisation et l’employabilité ;27,3 milliards pour la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat universitaire.
Malgré ces annonces, les universités publiques restent confrontées à plusieurs difficultés structurelles :amphithéâtres surchargés ;manque d’équipements ;insuffisance du personnel enseignant ;retards administratifs ;faible numérisation des services universitaires. Des universités appelées à devenir plus “productives”Le gouvernement camerounais veut également transformer progressivement certaines universités en “universités-entreprises”, davantage tournées vers :la recherche appliquée, l’innovation et l’entrepreneuriat ; Cette orientation vise à rapprocher les établissements du tissu économique national et à encourager une formation plus pratique.Dans cette logique, plusieurs coopérations internationales se développent également, notamment autour des écoles doctorales et des projets de recherche régionaux.
