
Un étudiant en fin de master devra désormais débourser 25 000 FCFA avant même de soutenir. L’Université de Yaoundé I impose un contrôle anti-plagiat obligatoire pour tous les mémoires et thèses, une mesure destinée à renforcer la rigueur académique mais qui soulève des questions de coût et de transparence.
Dans une note officielle datée du 21 avril 2026, signée par le recteur Remy Magloire Etoua, l’université annonce la mise en place d’un dispositif systématique d’analyse anti-plagiat. Tous les travaux de fin de cycle devront être examinés avant autorisation de soutenance. La particularité de cette réforme réside dans le choix d’un prestataire unique : la société e-Governance Global Innovation Solutions LTD, désormais désignée comme seule entité habilitée à effectuer ces contrôles. En clair, aucun étudiant ne pourra valider son mémoire ou sa thèse sans passer par ce filtre technique devenu obligatoire.
Une exigence académique renforcée

Le texte fixe également un seuil précis : 15 % de similarité maximum. Au-delà, le travail est jugé non conforme et ne peut être présenté devant un jury. Ce type de seuil est aligné sur certaines pratiques internationales, où les logiciels anti-plagiat sont devenus des outils standards d’évaluation scientifique. Dans de nombreuses universités à travers le monde, ces dispositifs visent à limiter les copiés-collés abusifs, les emprunts non cités et les fraudes académiques qui fragilisent la crédibilité des diplômes.Au Cameroun, la question du plagiat est régulièrement évoquée dans le milieu universitaire. Des cas de plagiat et de similitudes entre travaux académiques sont régulièrement évoqués dans le milieu universitaire camerounais, même si peu d’affaires ont fait l’objet de décisions disciplinaires largement documentées et accessibles au public. Cette relative opacité alimente les préoccupations sur l’intégrité scientifique et renforce l’intérêt de mécanismes de contrôle plus systématiques. L’introduction d’un dispositif anti-plagiat obligatoire apparaît ainsi comme une réponse institutionnelle à un phénomène reconnu, mais encore insuffisamment encadré et documenté.
25 000 FCFA : un coût qui interpelle
Mais au-delà de l’objectif affiché, c’est surtout le coût de la mesure qui retient l’attention. Chaque analyse est facturée 25 000 FCFA, un montant non négligeable dans le contexte universitaire camerounais. À titre indicatif, les frais universitaires annuels dans le public oscillent généralement entre 50 000 et 61 000 FCFA en cycle licence, tandis que certains frais de master atteignent déjà 25 000 FCFA pour les dossiers ou inscriptions spécifiques. Le contrôle anti-plagiat représente donc, à lui seul, l’équivalent d’un frais académique supplémentaire.Pour les étudiants en fin de cycle, cette dépense vient s’ajouter à une série de charges déjà importantes : impression des mémoires, encadrement, recherches documentaires, préparation de la soutenance. Dans certains cas, le coût global d’un mémoire peut dépasser 100 000 FCFA, voire davantage selon la filière. L’introduction de cette nouvelle exigence financière risque ainsi d’alourdir significativement le parcours académique, en particulier pour les étudiants aux ressources limitées. Autre point sensible : le caractère exclusif du dispositif. En confiant cette mission à une seule entreprise, l’université instaure de facto une situation de monopole. Les étudiants ne disposent d’aucune alternative pour faire analyser leurs travaux, ni possibilité de comparer les coûts ou les méthodes.